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Élites haïtiennes ou esclaves de l’esclavage


Ce texte comme vous pouvez le constater a été publié en 2020 sur ma page Facebook. Mais après avoir entendu un éditorial d'Eric Jean-Baptiste, faisant référence à une déclaration de feu leader du RDNP, le Professeur Leslie Manigat, je me suis dit pourquoi ne pas republier ce texte


Élites haïtiennes ou esclaves de l’esclavage

- Pourquoi nous esclavager?


Par Guyler C. Delva

Aujourd’hui et comme dans beaucoup trop d’occasions, je me sens déchiré et consterné devant ce vouloir têtu de la part de nombreux d’entre nous de ne respecter que le dictat du blanc, parfois difficilement dissimulé dans ce qu’il convient d’appeler un ‘‘souhait obligatoire’’. Et nous nous en accommodons sans trop de difficulté.


L'esclavage, tel que défini dans les dictionnaires, est ‘‘l'état d'une personne qui se trouve sous la dépendance absolue d'un maître qui a la possibilité de l'utiliser comme un bien matériel.’’ L’esclavage est donc le ‘‘fait pour un groupe social d'être soumis à un régime économique, politique et tyrannique qui le prive de toute liberté, le contraint à exercer les fonctions économiques les plus pénibles (Travaux forcés) sans autre contrepartie que le logement et la nourriture.’’


On peut, bien sûr, au sens large, trouver d’autres définitions au terme Esclavage, notamment dans ses interprétations, ses acceptions et ses formes modernes qui s’étendent à des dimensions difficilement définissables, qualifiables ou mesurables, étant donné les traits camouflés, déguisés de l’exercice ou du traitement auquel les victimes se trouvent assujetties. On n’a nullement l’intention ici de chercher à explorer ou approfondir les paramètres économiques et sociologiques des pratiques esclavagistes, mais celles-ci demeurent actuelles à à bien des égards.


Et l’esclavage le plus dangereux, le plus dommageable et le plus difficilement extirpable c’est celui que nous portons encore dans nos têtes de ‘‘dominés et de serviles’’, aujourd’hui, plus de 215 ans après les exploits inespérés, inimaginables forgés par nos vaillants ancêtres qui demeureront, dans l’histoire de l’humanité, les authentiques précurseurs et fondateurs des valeurs universelles de droits et libertés dont tout être humain peut se prévaloir, sans préjudice de couleurs, de races, etc.


Il importe aujourd’hui de souligner que le véritable frein au développement socioéconomique et à la matérialisation des idéaux de changement dans ce pays, n’est autre que ce ramassis de Bluffeurs, d’apprentis experts et d’intellectuels, aux imaginations stériles, qui se complaisent dans un obscurantisme déconcertant et des âneries et ‘‘haïtianneries’’ ridicules, évidemment, en phase avec le sous-développement chronique qui se lit et se traduit dans la pauvreté endémique de leur esprit qui a tendance à entériner, voire à donner un contenu actuel au statut de sous-hommes jadis attribué à tort aux fondateurs de la première république noire indépendante du monde – un statut évidemment discriminatoire que l’intelligence inouïe et le sens aigu des valeurs de liberté et d’humanité de nos ancêtres, ont violemment fait mentir.


En d’autres termes, nous nous sommes engagés dans un processus effronté de délégitimation et de déconstruction, non pas seulement de ce que nos ancêtres avaient fait, mais aussi de ce qu’ils ont été, en tant que pourfendeurs du système esclavagiste et en tant que porte-flambeaux de la marche altière et ascendante vers la sublimité de l’essence humaine.

Pourquoi nous esclavager?


Le paradoxe est flagrant : les esclaves qu’étaient nos ancêtres étaient loin, mais très loin, de se comporter comme des esclaves. Ils se sont comportés comme des guerriers, des révolutionnaires, des libérateurs, des humanistes et des universalistes. Tandis que nous – qui sommes censés être libres, civilisés, instruits, lettrés, cultivés et bien mieux lotis – avons encore toutes les peines du monde pour nous défaire des liens honteux de l’esclavage dont nous donnons la triste impression d’être esclaves.


Pourquoi voulons-nous être esclaves de l’esclavage en voulant rééditer, perpétuer les pratiques esclavagistes tant dans nos rapports avec les classes défavorisées que dans nos rapports avec nous-mêmes qui nous comportons comme de véritables serviles aux mains des maitres d’ici ou d’ailleurs qui nous instrumentalisent, nous formatent et nous dressent de telle manière que nous soyons réceptifs, prédisposés et prêts à défendre des intérêts autres que ceux de la patrie commune, pourvu que nos intérêts individuels, mesquins et immédiats soient satisfaits?


Comme les anciens colons, nous sommes prêts à exploiter les plus faibles et nous enrichir impitoyablement au détriment des veuves et des orphelins. Et comme des imbéciles heureux, nous nous félicitons d’être les maitres (les colons), quand il est question d’imposer nos volontés malveillantes aux ‘‘petites gens’’ que nous appelons la racaille, alors que nous nous accommodons des traitements de ‘‘restavèk’’ qui nous sont infligés par ceux-là que nous considérons comme nos boss. Nos ‘‘Big Boss’’.


Un pays comme Haiti ne saurait se développer avec une telle mentalité. Où est passé notre sens de la communauté et de la patrie?


Il n’est donc pas explicable que nous puissions nous complaire dans cette boue puante de l’abjecte pauvreté qui ternit, salit et met à mal la grandeur de ce que nous sommes, du moins de ce que nous prétendons être ou de ce que nous devrions être – un grand peuple. Un géant de l’histoire universelle.


Oui, nous, élites économique, politique, intellectuelle…, devons reconnaitre que nous avons piteusement échoué. Et cet échec n’est pas une fatalité. C’est une cynique et macabre construction que nous avons laborieusement et délibérément façonnée, évidemment à la dimension de nos élans de haine, d’égoïsme, d’égocentrisme, de non patriotisme…


Comment comprendre que nous puissions prendre la relève des colons, entretenir et reproduire, à notre façon, l’esclavage et l’esclavagisme. Notre comportement constitue un coup dur traitreusement infligé à la mémoire de nos ancêtres. C’est à nous demander s’il ne nous manque pas vraiment un (…), je-n’ose-pas-dire-quoi. Mais, c’est clair qu’il nous manque quelque chose.


Pourquoi voulons-nous demeurer esclaves? Esclaves de l’esclavage.


Le moment est donc venu pour nous de cesser de nous esclavager, si nous voulons vraiment honorer la mémoire de Jean-Jacques Dessalines, de Henry Christophe, d’Alexandre Pétion… qui ont donné au reste du monde la plus grande leçon d’humanité et le plus bel exemple de courage, de détermination, de dépassement, de résistance, d’héroïsme et de ce vouloir immuable et inébranlable d’accéder à l’autodétermination qui doit être reconnue à tous les peuples du monde, mais qui nous a été niée en raison de l’ignorance ou de l’instinct cruel et abominable des colons oppresseurs.

Pour une fois, soyons des patriotes! Aimons notre patrie! Travaillons tous pour le progrès d’Haïti, pour son développement socioéconomique et pour sa stabilité politique. Mettons fin à la corruption, à l’impunité et à

l’insécurité, à la politique du pire et au jusqu’auboutisme.

Mettons fin à cette trahison éhontée qui n’arrête pas de faire mentir la promesse de l’exploit réalisé par nos aïeux que l’histoire retiendra comme étant les indéniables concepteurs et fondateurs de la liberté universelle, dans ses valeurs fondamentales, objectives et authentiques.


Pourquoi détruire Haïti? Membres et proches du pouvoir, membres et proches de l’opposition (radicale ou modérée), membres de la société civile, cessons nos luttes intestines. Joignons nos forces pour sortir notre chère Haïti de ce mauvais pas et pour lancer résolument le pays sur les rails du développement durable. Ayons donc l’obligeance de le faire en mémoire et au nom de nos ancêtres.


Joseph Guyler C. Delva

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